26 LIÈVRE :
LE GARDE-BÉBÉS.
La Vengeance du lièvre.
Toute mère a besoin de l'aide d’autrui pour mieux s’occuper de ses enfants.
Le recours à la garde des bébés est loin d’être un phénomène moderne dans la mesure où depuis la vie sauvage, elle était pratiquée.
Mais en la matière, la prudence doit être de mise car le premier venu n’est pas forcément le mieux indiqué.
Un matin, le lièvre s’est présente chez la lionne comme un spécialiste des gardes bébés.
Il a même proposé gratuitement ses services à la mère lionne qui venait de donner vie à cinq lionceaux.
Cette proposition faisait bien l’affaire de cette mère qui n’avait personne d’autre pour l’aider, car dans la division sociale du travail à l’intérieur de la jungle, les mères étaient seules à prendre en charge les enfants et les pères avaient pour mission de trouver à manger à la famille.
La mère lionne passa au test en demandant au lièvre de laver un bébé sous sa haute surveillance.
Ce dernier le fit avec art et précision à telle enseigne que la lionne était ébahie.
Sans plus hésiter, elle accepta la proposition sans même s’interroger encore sur les vraies motivations d’une telle gratuité.
Même si la solidarité' était de rigueur dans ce milieu, on sait bien que nul n’est mobilisé qu’au tour de ses intérêts et un grand pédagogue avait tué la gratuité en disant que :
« Tout acte qui n’est lié à aucun intérêt est contre nature ».
Après avoir démontré ses prouesses en matière de soins des enfants, lièvre prouva aussi à la lionne qu’il avait des talents culinaires à revendre.
En un mot, la lionne pouvait désormais vaquer à d’autres occupations que celles qui consistaient à s’occuper des bébés et à préparer à manger.
Depuis une semaine, pour maintenir les compliments qu’on lui faisait sur ses talents culinaires et pour assouvir sa soif de vengeance, lièvre tuait par jour un lionceau pour la sauce de la famille.
Vous vous demanderez comment cela pourrait se faire sans que la maman ne s’en rende compte.
Hélas, quand le moment de laver les lionceaux venait, le lièvre les amenait l’un après l’autre.
Ainsi quand la lionne lavait le premier bébé, le lièvre le replongeait dans la boue pour le ramener jusqu'à ce que le nombre des bébés soit atteint.
Telle fut la stratégie adoptée par le lièvre pour finir les enfants de son ennemie dans la casserole.
Un soir, quand le moment de laver les enfants arriva, la lionne, après un long moment de patience, fait remarquer au lièvre que l’heure de laver les enfants tend à dépasser et qu’il devait accélérer pour qu’ils le fassent rapidement.
Le garde bébé traînait les pas mais comme la vérité a des courtes pattes, elle finit toujours par se révéler.
Le lièvre sortit derrière la maison et quand la lionne haussa un peu le ton pour inviter une énième fois le garde bébé à apprêter le nécessaire pour les toilettes des enfants, il déclara :
« Vieille mère paresseuse, tu croyais que quelqu’un d’autre allait s’occuper de tes enfants à ta place ?
Mère gourmande, la bonne sauce que tu mangeais venait d’où ?
Ce sont tes enfants que j’utilisais pour la sauce.
Tout cela pour me venger de tout le tort que toi et ta famille ont causé à moi et à la mienne.
Saches que tous tes enfants sont passés à la casserole et tu les as mangés goulûment.
Au revoir et apprends à ne pas faire confiance aveuglement à quelqu’un d’autre ».
La lionne rougit de colère.
Le lièvre sauta et disparut dans la nature.
Elle apprit à ses dépens et au prix de ses enfants que nul ne peut remplacer une mère et que la meilleure façon de prendre soin des enfants, c’est de s’en occuper soi-même.