25 LE DIFFICILE JUGEMENT.
Dans un village vivait autrefois un roi autoritaire.
Il avait concentré entre ses mains tous les pouvoirs que sont :
le législatif, l’exécutif et le judiciaire.
Tous les différends étaient réglés par le chef assisté d’un collège de sages.
Comme en Afrique la barbe est blanche était synonyme de sagesse, son collège n’était constitué que des hommes de troisième âge.
Nous sommes certes d’accord que c’est peut-être le premier signe de la sagesse, mais la barbe blanche seule n’est pas un critère d’objectivité et de justice.
Nous le disons parce qu’il y a un proverbe qui dit :
« Si la barbe était un signe de sagesse, le bouc ne serait pas égorgé à la place publique ».
Le roi devrait impliquer d’autres forces, sinon il court le risque de manquer d’objectivité par certains moments.
En voilà un conte qui pourrait nous donner raison :
C’était un jour de jugement.
Tout le monde était rassemblé dans la cour du roi.
Et la cour était archi comblée de monde enquête de justice.
Pendant que le roi était installé au milieu de la foule pour rendre son jugement, une tourterelle poursuivie par un épervier affamé d’une semaine vint s’introduire dans la poche de son boubou.
L’épervier qui la poursuivait vint à son tour se percher au mur face à l’assemblée et tint ces propos au chef :
« Tous mes hommages noble majesté du royaume de Napamboumbou.
Voilà une semaine que je n’ai pas mangé.
Vous savez très bien qu’un homme qui a faim non seulement n’est pas maître de lui mais aussi peut et doit tout faire pour sortir de cette situation.
Voilà pourquoi je suis obligé de vous dire tous mes secrets aujourd’hui devant votre auguste assemblé.
Je vous donnerai juste une aumône moins chère à faire pour que votre royaume soit dans la prospérité éternelle :
rien ne manquera encore aux habitants de votre contrée ; tout le monde boira et mangera à satiété.
Si vous voulez savoir ce qu’il faut pour y arriver, il faut que vous sortiez la tourterelle qui est dans votre poche pour que je puisse la manger et voir un peu clair ».
Toute l’assemblée l’avait entendu, et tous les regards étaient tournés maintenant vers le roi qui, pour bénéficier de la prospérité pour son royaume, devrait livrer l'oiseau opportuniste.
Au cours de ce silence, la tourterelle qui se trouvait dans la poche du roi prit la parole et suppléa :
« Majesté des majestés, roi des rois, vous êtes un homme très intelligent et très généreux.
Vous avez régné et vous devrez encore régner, mais vos jours sont en train de finir.
Les mânes de la brousse sacrée ont livré un secret à mes ancêtres qui l’ont livré à mes parents qui, en mourant me l’ont légué.
Je possède le secret de l’éternité d’une vie.
Personne n’en a jamais bénéficié pour que je la prenne en témoin pour votre gouvernance.
Mais je prends en témoin votre auguste assemblée que si vous me sauvez de cette ennemie en refusant de me livrer, je vous promets de vous donner ce secret pour que vous restiez sur votre trône autant de temps que vous voudriez ».
Le chef et son assemblée ne furent que plus abasourdis, car toutes les deux propositions étaient très alléchantes et tout dirigeant veut non seulement la prospérité pour sa patrie mais aussi un long règne que possible.
Le chef consulta son collège pour trancher, mais l’échec prit vite place dans la mesure où tous les membres étaient dans l’embarras.
Quand il eut un silence absolu de la foule, les deux protagonistes (l’épervier et la tourterelle) reprirent la parole pour consolider leurs arguments et mettant du coup en mal la possibilité du collège de décider.
Comme apparemment il n'y avait pas de solution, le chef confia la tourterelle et rentra clans sa case pour y réfléchir.
La première femme du chef lit sur son visage un certain désarroi.
Elle demanda auprès du chef des explications et insista car dans cette contrée les femmes étaient toujours mises à l'écart des décisions.
Comme elles n’avaient pas la voie au chapitre, aucun problème ne leur était expliqué.
Quand le chef prit son courage et lui expliqua, elle écouta attentivement et demanda « je veux savoir, s’il y a un autre problème où bien c’est le seul ?
» Le chef rassura qu’il n’en ait aucun autre.
Elle envoya le chef demander à l’épervier s’il voulait coûte que coûte la viande de la tourterelle ou bien s’il voulait seulement la viande.
L’épervier se confia :
« Je vous ai dit que je n’ai pas mangé depuis une semaine, si je me contente d’une tourterelle c’est parce que je n’en ai pas eu d’autre ».
Lorsque la réponse fut parvenue à la femme du chef, elle conseilla au chef de faire tuer un bélier pour l’épervier.
Il laissera ainsi la tourterelle continuer son chemin.
Le chef ressortit ragaillardi et fit appliquer ce que sa femme lui avait dit.
L'épervier mangea sa viande de mouton à plusieurs reprises et avant de s'envoler, il dit ceci :
« Majesté, je ne peux que vous remercier et désormais votre royaume restera dans la prospérité, vous avez respecté mes recommandations et c’est à moi de tenir ma parole.
Vos habitants ne souffriront plus ni de soif ni de faim et ils vous obéiront toujours ».
Il prit congé de l’assemblée.
À son tour, la tourterelle fut invitée à partir car l’ennemi n’étant plus là, elle est désormais libre de tous ses mouvements.
Elle aussi prit la parole et dit à sa majesté :
« Vous avez désormais le secret de l’éternité car vous m’avez sauvé de ce rapace.
Je vous en remercie et vous resterez sur le trône autant que vous le voulez.
Tous mes hommages ».
Elle aussi s’envola et s’en alla.
Tout l’entourage du chef fut ébahi par la sagesse dont le roi venait de faire preuve.
Il resta pendant longtemps au trône.
Et le royaume fut aussi couvert de prospérité.
Dans l’anonymat, la femme du chef a sauvé le royaume en permettant au chef de rendre un bon verdict.
C’est vraiment la preuve tangible de l’adage qui soutient que :
« Derrière une barbe se cache toujours une tresse » ou encore « Derrière un grand homme se cache une grande femme ».
Nous sommes tentés de constater que dans bien de cas, la femme fait preuve de grande sagesse autant que l’homme.