30 LE CHASSEUR ET LE GÉNIE.
Il y avait un grand chasseur qui sillonnait toutes les forêts pour chasser.
Un jour de chasse, comme à son habitude, il monta sur l’arbre le plus feuillu pour guetter les animaux qui passaient par le sentier non loin de la seule rivière non encore asséchée, où venaient s’abreuver tous les animaux de la forêt.
Pendant qu’il attendait avec son fusil à la main, son regard fut attiré par un spectacle à quelques mètres de lui.
A terre, un homme moyennement âgé, court, de blanc vêtu, assis sur une peau de bête au milieu d’une multitude de sacs pleins de monnaies, comptait indéfiniment sa fortune.
En le regardant la première fois, une seule idée traversa son esprit.
Il commença à monologuer :
« Je vais le tuer et m’emparer de tout son argent ».
Au même moment, l’homme secoua la tête en signe de désapprobation à l’adresse du chasseur.
Celui-ci fut surpris par la capacité de cet homme à lire les intentions.
Il changea alors d’avis et dit maintenant :
« Je vais plutôt l’aider à compter dans l’espoir d’obtenir quelques pièces en récompense ».
Cette fois-ci, l’homme fit « oui » par la tête et Tarba le chasseur fut encore ébahi devant cette attitude.
Cet homme était un génie.
Sitôt pensé, sitôt fait.
Le chasseur aida le génie à compter sa fortune ; quand ils eurent fini, le chasseur dit au génie :
«Je suis désolé d’avoir eu l’idée de te tuer.
Je remarque que tu as le don de prédire l’avenir et de voir par avance tout ce qui arrive.
Je te supplie au nom de mes aïeux de bien vouloir m’accorder ce pouvoir de lire par avance tous les événements malheureux qui surviendront dans ma vie ».
Le génie le regarda fixement et lui répondit en ces termes :
« Ce serait très difficile pour toi, humain, de posséder un tel pouvoir.
Mais si tu y tiens, vas réfléchir et reviens dans une semaine ».
Au jour convenu, Tarba était là avec la même ardeur.
Le génie se plia alors à sa demande et notre chasseur retourna tout content au village.
La même nuit, il rêva que son cheval devait mourir dans trois jours.
Le lendemain matin aussitôt, il le fit vendre au marché et le cheval mourut effectivement deux jours après.
Un mois plus tard, Tarba vit dans un rêve sa maison en feu.
Dès les premières lueurs du jour, il fit vider la maison de tout son contenu et la maison prit feu deux jours après.
Tarba le chasseur voyait ainsi se dessiner devant lui des jours radieux sans malheur et sans problème, car tout malheur à venir se manifestait dans son rêve tant et si bien qu’il pouvait les éviter.
Tout alla bien pour lui jusqu’au jour où il rêva de sa mort.
Il courut à la recherche du génie pour lui demander de conjurer ce malheur fatal.
Mais lorsqu’il trouva le génie, celui-ci lui dit :
« Pauvre mortel, je t’avais bien prévenu des conséquences fâcheuses de mon pouvoir.
Maintenant que tout est consommé, je ne puis plus rien faire pour toi, car en évitant la mort de ton cheval et l’incendie de ta maison, tu as écourté ta vie.
La survenance de ces malheurs devrait contribuer à prolonger ta vie.
Maintenant, vas et assume la responsabilité de ton audace ».
Tarba s’en alla tout triste et sombre pour affronter son triste destin.
Depuis la nuit des temps, les hommes ont toujours voulu connaître par avance les malheurs pour les éviter en oubliant que dans certains cas, il n’est pas nécessaire de vouloir coûte que coûte les éviter, car ils font partis de notre quotidien et participent dans une certaine mesure à prolonger la vie.
Comme le dit si bien le proverbe :
« À quelque chose, malheur est bon ».