29 QUAND LA MAISON DU VOISIN BRÛLE.
Une sagesse populaire moaga dit que « lorsqu’on lance un caillou dans un public, chacun doit se contenter de protéger sa tête ».
Cela veut dire en clair que notre instinct de survie nous oblige à nous occuper d’abord de nous.
Or, il y a des situations où il faut aider l’autre d’abord si nous voulons vivre tranquillement.
Tous les animaux savent très bien que l’homme est leur premier ennemi.
Il les exploite, les tue et les maltraite de mille manières.
Même les animaux qui vivent en permanence avec l’homme n’y sont pas à l’abri.
L’homme, maître du chien, du mouton, du cheval, du coq et de la chèvre était tombé gravement malade.
Mais il n'avait pas d’enfant.
Alors le chien sentant le danger venir alla voir les autres animaux et leur tint ce langage :
« Notre maître est malade, il faut qu’on fasse tout pour le soigner sinon s’il meurt cela ne sera pas bien pour nous ».
À peine termina-t-il son dernier mot que les autres ripostèrent :
« Tu ne peux que dire cela car de nous tous, tu es le plus aimé du maître.
La preuve, quand il mange, c'est à toi qu’il donne les os.
Il te donne aussi à manger ».
Le cheval témoignant sa haine contre l’homme ajouta :
« Regarde-moi petit prétentieux de chien, c’est sur moi qu'il effectue tous ses déplacements.
Je suis son vélo, sa moto, etc.
Je suis obligé, même le jour où je suis malade, de parcourir des distances que cet imbécile d’homme-là veut, sinon il me frappera sans pitié et tu es là à nous parler de s'occuper de lui.
Il n'a qu’à mourir et nous aurons, au contraire, la paix et la liberté ».
Chacun, tour à tour, passa en revue tous les tords et dommages que l'homme lui cause dans la vie de tous les jours.
Ils rejetèrent tous la proposition du chien et souhaitèrent au contraire le pire pour leur maître.
Le chien prit encore ses courages et leur tint ces propos :
« Vous voyez, nos grands-pères nous ont enseignés d’aider le voisin à éteindre l’incendie qui brûle sa maison, car on n’en sait jamais quand est-ce que le vent va changer de direction.
En fait, vous pensez que l’homme m’aime mais cela n’est pas vrai.
Regardez le travail que j’abats chaque nuit pour lui.
C’est moi qui garde sa famille et vous tous la nuit.
Vous au moins, vous avez des cases, et moi ?
Tout ce qu’il trouve comme récompense, c’est me donner des os en lieu et place de la viande.
Mais, je demeure convaincu que notre devoir est de le soigner sinon sa mort n’arrangera personne ».
Malgré cette argumentation, les autres restèrent infléchis.
Ils promirent au contraire une bonne fête quand on viendrait à leur annoncer la mort de leur méchant maître.
Le chien alla demeurer dans son coin et l’irréparable se produisit :
l’homme décéda.
Quand les voisins étaient venus, ils ordonnèrent à un jeune d’aller rapidement prévenir tous les villages voisins pour que commencent les préparatifs de l’enterrement.
Pour aller si vite, il n’y avait pas d'autre moyen que le cheval.
Le jeune le chevaucha et commença la ronde des villages.
Il voulait qu'il court tellement rapide à l’allure d’une voiture qu'il passait tout le temps à le frapper au dos avec un gourdin.
Soudain, un de ses coups violant s’est abattu sur la nuque du cheval qui tomba raide mort.
Tant bien que mal, l’information fut parvenue à tous les villages et la cérémonie de l’enterrement commença.
Le plus vieux ordonna qu'on attrape la chèvre, le mouton et le coq pour préparer le repas des croque-morts.
Avant même que l’enterrement n’eût lieu, tous les quatre animaux qui comptaient faire la fête furent tués.
Le chien qui avait attiré la sonnette d’alarme fut le seul rescapé.
Il se parla :
« Si les autres m’avaient suivi, l’homme ne serait pas mort et eux aussi ne le seraient.
Décidément, nos grands-pères étaient des philosophes :
il faut aider le voisin à éteindre son feu sinon ».
Cela nous rappelle aussi un proverbe moaga qui dit :
« Quand tu vois l’enfant du voisin qui grimpe l’arbre le soir, il faut le faire descendre même si tu le détestes sinon toi-même tu cours le risque de ne pas manger la nuit, car s’il tombe de l’arbre et qu’il meurt, aucune concession n’allumera le feu pour préparer un repas ».