19 LA COIFFURE DU RIVAL.
Être l’amant d’une femme de même village, c’est courir un grand risque, car on a la malchance d'être surpris un de ces quatre matins.
Un homme avait une maîtresse dont le mari était le coiffeur du village.
Comme tout le monde le dit souvent, dans un village tout le monde se connaît, c'est une petite communauté.
Mais cet homme pensait que personne d’autre n’était au courant de leur secret a fortiori le mari cocu.
Effectivement, ce dernier a mis du temps avant d’en être informé car en la matière on dit que « le chien ne sent pas l’odeur venant de sa tête.
»
L’homme venait souvent se coiffer chez son rival.
Comme les gens n'ont pas seulement leur langue pour goûter les repas mais aussi pour rapporter les choses, les racoleuses ont fini par informer le coiffeur qu’il était trompé par son client.
Il prit son mal en patience et attendit dans son salon son rival.
Un jour, l’homme vint pour se coiffer.
L’autre fit le nécessaire, s’installa convenablement.
Muni d’une paire de ciseaux il entama son travail.
Il appliqua le bout pointu de son instrument sur la gorge de son client et dit :
« Est-ce que tu sais que j’ai su ?
» L’autre qui savait très bien le sens de cette question comprit que sa vie était en danger.
Heureusement que l’instinct de survie l’a aidé à répondre spontanément :
« Mais est-ce que tu sais que j’ai laissé ?»
Visiblement c’est un langage que seuls les deux rivaux comprenaient. Ils l’ont résolu à l’amiable et depuis ce jour, l’homme renonça d’avoir des aventures avec la femme d’autrui puisqu’ « on ne piétine pas deux fois les testicules d’un aveugle ».